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Ahmad Jamal - It’s Magic
1 CD Dreyfus Jazz/Sony-BMG - Par Lorraine Soliman
Il aimerait sortir un disque par an, confie-t-il à son interviewer et frère d’instrument Laurent de Wilde. L’industrie ne le permet pas, mais, lui, on l’en sait capable, et de nous ravir à chaque fois. Ahmad le prolifique, Jamal le magnifique. “It’s Magic”, joue-t-il, fidèle à lui-même en toute liberté. “It’s Magic”, and more than that… Ce disque, le dixième chez Dreyfus, présente tous les stigmates d’un grand (on n’en attendait pas moins). On y entend le meilleur de Jamal, sans abus aucun, ni de langage. Un concentré magique, ou plutôt une somme, la somme d’une vie réorganisée selon une méthodologie unique. Autrement dit Ahmad fait du Jamal, ce qui nous mène forcément très loin. La connivence sublime qui le lie depuis vingt-cinq ans avec Idris Muhammad et James Cammack ne gâche rien. L’entrée (naturelle) dans la sphère se fait sur un Dynamo saisissant, jamalien jusqu’à la moelle, magistral jusqu’au substantifique “clave beat” de Manolo Badrena (ex-Weather Report et partenaire de Jamal en 1995-1996). Profusion évidente, imprévisible récidive, spontanéité maîtrisée : difficile de trouver mots adaptés à tant de finesse et d’ingéniosité. De micro-allusions en échos minimalistes, Jamal transporte les sens dessus, dessous, cite et se cite à l’infini, à distance ou à bras raccourcis, et c’est beau. Il y en aura toujours pour trouver que l’autoréférence ceci, que l’anthologie sempiternelle cela, que le trait est un peu forci dans les « latineries »… Pourtant c’est beau, et ça s’écoute sans faim. Quand on connaît un peu Jamal, c’est un délice que de redécouvrir, en pointillés, dans Back To The Island un Poinciana omniprésent (mini-motif récidiviste, Muhammad tout en levée, « à la Vernell Fournier »…). Surprendre, une fois encore, le lyrisme d’un Swahililand revisité à coudées franches (“Jamal Plays Jamal”, 1974), palpiter jusqu’au précieux Fitnah final, programme intense, d’une intelligibilité rare ; parcourir une vie de contrastes, en marge, décidément hors d’âge.
Ahmad Jamal (p), Manolo Badrena (perc), James Cammack (b), Idris Muhammad (dm).
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